Lundi soir, une demi-heure après avoir décidé de bouger, le sac est prêt, 2 jours en autonomie ça pèse !
Au départ je comptais rejoindre le sentier de départ en passant par la cascade Bras-Rouge, afin de laisser la voiture à Cilaos-ville, plus sûr qu'au pied du sentier... Mais vu l'heure d'arrivée sur place et mon envie de poser le bivouac pas trop tard, afin de profiter, et surtout pas de nuit, j'ai pris le risque pour la voiture...
La montée d'emblée au col se passe bien, mais je sens que les épaules trinquent à cause du poid du sac, il manque une sangle au niveau du thorax, ça joue pas mal en fait. Derrière moi, bercé par les rayons du soleil matinaux, Cilaos me paraît déjà loin...
Une fois au col, en un peu moins de 2 heures, première récompense : la vue sur Mafate avec au premier plan Marla, le Morne de Fourche en fond, et la plaine des Tamarins entre les deux.
Encore un autre angle de vue pour "la dent du Taïbit" que l'on voit si bien de loin (je crois qu'elle a un autre nom, "le nez de Pluto" ou un truc comme ça... Jay si tu passes par là...).
Tite pause à Marla où j'ai l'occasion de voir l'instit faire classe assis dans l'herbe avec ses 5 élèves, et direction la capitale mafataise, la Nouvelle, qui s'annonce de loin grâce au Piton Calumet...
Au bout d'une heure les premières cases de cette mégalopole de 100 habitants dans un cirque qui en compte 700 (contre 2000 à son apogée)...
Trois heures de marche, il fait beau, je fais ma pause face au Maïdo, encore une histoire de dent...
Toujours pas faim, encore de l'eau dans la poche à eau installée dans le sac, j'enchaîne... je sais que je dois avancer et pas trop musarder. En partant pour le col des boeufs, je me retourne une dernière fois sur Marla que je ne reverrai que le lendemain en ressortant...
La fin de l'ascension est rude -mais courte- et sitôt basculé, on passe d'un univers à un autre : bye bye le soleil de Mafate, sa rocaille, bonjour le brouillard et les sapins de Salazie...
Après une descente de 3/4 d'h un peu chiante sur la route forestière, enfin le départ du sentier scout, dernier gros morceau avant le posage, direction Ilet-à-Malheur et Aurère, au pied du piton Cabris...
Une longue descente, assez éprouvante (2h), mais avec un panorama à couper le souffle, qui s'achève par une bosse courte mais redoutable : la remontée entre Malheur et Aurère... Une demi-heure de calvaire car plus d'eau bien sûr, sinon c'est pas drôle, obligé de m'asseoir à plusieurs reprises car envie de vomir... Pis rien avalé depuis 2 pains au chocolat à 6 h du matin, et il est 15h ! Bref, j'ai ré-appris les bases des sorties en montagne (boire, manger) à mes dépens et suis arrivé à mon spot de bivouac préféré à 15h30 pétantes, 7h57 exactement après le départ. Le décor est planté, y a plus qu'à aménager :
La buanderie...
La chambre...
La cuisine...
Repas du soir, espoir...
Jusque là tout va bien, mais c'est sur la photo précédente que tout bascule... Je vous passe la fin d'après-midi bucolique à m'installer et profiter, la nuit tombe d'un coup, et je me retrouve
assis dans la tente à la frontale en train de manger ma soupe. Impossible de la finir, rassasié sans doute par l'orgie de chips-saucisson que je me suis mis pour me requinquer en arrivant,
arrosé d'un litre de coca acheté à la boutique toute proche; impossible de la finir donc, je pose la gamelle sous le auvent de la tente, et ferme la chambre dans la foulée. Pas une minute ne
s'est écoulée entre le moment où j'ai fermé et celui où un furieux bruit d'un animal qui se délecte de la soupe aux vermicelles ! De grandes lappées, rapides, pendant quelques minutes où je
faisais pas le malin... Rien de bien méchant, 5 à 10 minutes comme ça où j'entends du bruit dehors mais je m'y fait et me détend. Dans la foulée, je sens, j'entends, je perçois un bruissement, la
tente bouge, ses parois plus exactement, y a une bestiole qui est contre la tente, qui bouge, j'en déduis que c'est une poule car j'en ai déjà vu se ballader dans le coin. Re-pas de panique,
re-on se calme, mais dès que je commance à m'assoupir, je sens la tente bouger, j'ai même l'impression de sentir des trucs sous la tente ! Je saurai jamais ce que c'était, mais ce que je sais,
c'est que d'un coup j'ai été réveillé, à 2h57 exactement, par quelque chose qui m'a touché la main; sursaut, lumière, et j'ai donc vu le sol de la tente en mouvement, des bestioles étaient
là-dessous ! Vue la forme je pense à des souris ou autre petit rongeur, mais du coup, impossible de rester là, je suis pas phobique mais dormir sur des bestioles bof ! A 3h je décide de plier
bagage, l'endroit est hostile d'un coup, et le temps de ranger, préparer le départ, et prendre une décision : faire la boucle comme prévu (option pas sérieux) ou retour de la veille, moins
stimulant mais plus sûr ? Les détails ont pesé : les frigues de la veille encore mouillées (buanderie de merde), l'incertitude concernant la canalisation des Orangers, et la dificulté accrûe du
parcours. L'envie aussi comme à chaque sortie en montagne d'un rougail-saucisses en rentrant, et l'envie de le préparer, donc la nécessité de rentrer tôt. En partant à 4h, je pouvais espérer être
à la voiture à midi, ce qui laissait l'après-midi pour cuisiner, ce qui fût fait mais avant ça...
Faut remonter le scout, ça donne chaud, même la nuit...
Un bisou ???
Au petit jour, non sans avoir croisé un petit mafatais et sa maman qui partaient pour l'école, à la frontale, vers 5h (!), j'étais finalement pas mécontent d'avoir fait quasiment le plus dur du retour (+ 90Om) alors que le jour se levait à peine et que la lumière arrivait enfin...
Le passage sur "les deux fesses", la crête qui sépare les cirques de Mafate et de Salazie...
Un dernier clin d'oeil au piton Cabris...
Après avoir remonté la route forestière jusqu'au col des boeufs, je prend direction Marla, tout droit sans passer par la Nouvelle, plus court et possibilité de traverser la plaine des Tamarins, et d'ailleurs, puisqu'on en parle...
Avec le grand Bénare qui tutoie les tamarins...
Ayant gratté une heure par rapport à la veille eu égard le non-détour par la Nouvelle, je néglige une fois de plus de vérifier mon eau et je tombe en panne sèche dès le début de la dernière difficulté, la sortie par le Taïbit... Mêmes causes mêmes effets que la veille, envie de vomir rapidement, déshydratation, et finalement vidange de l'estomac à 20 m du sommet... Ouf, presque sauvé, y plus qu'à se laisser descendre jusqu'à l'îlet des Salazes, petite tisanerie artisanale qui offre au randonneur fourbu un sympathique remontant, 1/4 d'h avant de retrouver sa voiture...
Avant de conclure, des petits messages persos, les destinataires se reconnaîtront...
Ton gîte à Marla (faut la loupe)...
5 cartables j'ai compté...
Bilan : une bonne ballade, des petits rappels à l'ordre, un bon entraînement, et la prochaine fois, c'est en famille et ça dure 3 jours, on se tient au jus !